La mort du petit cheval, un roman d'Hervé Bazin.
Suite du célèbre Vipère au poing, La mort du petit cheval raconte l'entré dans la vie d'adulte de Jean Rezeau, sa vie estudiantine, ses petits boulots, ses espoirs, ses amours, ses chagrins. La libération de sa mère, qu'il déteste, la fuite de la bourgeoisie, qui le répugne.
C'est toujours ce style cynique, tranchant, ce regard froid sur les gens, et la vie. C'est probablement ce qui m'a plut le plus le jour où chez commencé Vipère au poing, c'est cette force vive qui anime ce garçon, et qui se détache de l'écriture. C'est aussi cette maîtrise des mots, ces jeux de mots, ces métaphores, ce sens théatral aussi Merci ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing * qui font d'Hervé Bazin un de mes auteurs préférés.
La Mort du Petit Cheval, c'est une expression pour parler de la disparition de quelque chose de beau, d'agréable. Mais quoi ? Que désigne Bazin par là ? L'utilise t'il ironiquement pour parler de ses relations avec sa mère, qu'il ne reverra plus pendant 20 ans (on la revoit plusieurs fois dans le roman, puis, elle le quitte pour de bon à la fin), ou alors pour parler de son regard pessimiste sur la vie, enterré par la naissance de son fils (qu'il surnomme, avec amour (oh !) son petit vipéreau) et par son mariage ? Je ne sais pas.
C'est donc la découverte de l'amour par Rezeau, c'est d'abord Michelle, une adolescente qu'il rencontre en vacance. C'est le premier amour, amour finalement gaché par sa mère. Puis, c'est Paule, qui a tout de même le défaut de porter le nom de sa mère, cette infirmière qui le soigne alors qu'il finit dans un appartement minable dans Paris, grippé et sans le sou, qui le nourrit, l'aide financièrement. C'est enfin Monique, sa femme, qu'il estime profondément, qu'il aime. C'est la femme qui portera son fils, Jean. L'amour et la paternité, voilà ce qui transformera Jean Rezeau. La valeur de l'amour, il l'a perd à cause de sa mère, et il l'a retrouve avec sa femme et son fils.
C'est aussi ce dégout de la bourgeoisie (n'oublions pas que Bazin était communiste), incarnée par son père, caricature du petit bourgeois. La critique d'une bourgeoisie terne, froide, prétentieuse, reposant sur des principes fragiles. Les Rezeau sont des petits bourgeois provinciaux, conservateurs, attachés à leurs valeurs, ils ont peu de moyens et vivent dans une maison sans eau et electricité. Cependant, on a aussi, dans l'histoire, d'autres bourgeois : Les Ladourd, qui l'accueillent dans leur maison de campagne pendant les vacances, pour rencontrer Michelle : Des gens bons, qu'il prendra au début pour des faibles ou des naïfs. Pour fuir cette bourgeoisie, pour se venger de sa mère, Jean s'en prend à lui même. Pour gagner de l'argent, Il travaille dans un chantier, appréciant la sympathie bourrue des ouvriers, s'arrangeant pour que les connaissances de la famille le remarquent, travaille dans un hotel minable ou vend des chaussettes dans un marché.
Ahaha ! j'ai retrouvé un extrait, que j'avais posté sur un groupe facebook ^^ Hourrah !
"(La mère de Jean Rezeau, protagoniste de l'histoire, quitte l'appartement de ce dernier après une sombre histoire d'héritage (la dame et l'enfant du texte sont Monique Arbin, la femme de Jean, et leur bébé de quelque mois)
"Sur ce, elle est partie, trahie par elle-même. Elle est partie, son sac à main vide serré contre un coeur vide. sur le pas de la porte, elle s'est retournée, crochue, tassée, fébrile, presque tremblante et elle a enfin daigné regarder cette jeune femme qui la dominait de toute sa jeunesse et tout de son enfant hissé contre son épaule. Rien ne pouvait la redresser à cette hauteur et surtout pas ce qui l'a soutenue durant 20 ans. Je n'oublierai pas ce regard, rongé jusqu'au nerf, cachant sa détresse sous l'écroulement de la paupière, ni ce suprême effert qui lui a permis de se jeter dans l'escalier et de ricaner derrière la porte qu'elle venait de claquer.
Par la fenêtre, je la vois s'éloigner, sinueuse, incertaine. Vue de haut, elle donne l''impression de ramper au fond de la rue étroite, interminable comme le sera sa vieillesse. Les deux plumes noires de son chapeau ressemblent vaguement aux appendices de la vipére cornue...Mais que dis-je ? Ce symbole est désuet. Va, je n'ai plus besoin de ta race naïve, cher serpent ! Un anneau me suffit qui doit ne plus rien aux tiens. J'étreins mieux ce que tu n'étreins pas. Ma force me vient d'ailleurs : je n'en suis pas possédé, c'est moi qui la posséde. Ma force est là, saine,simplette : une grosse féve d'Epiphanie et une souveraine en tablier qui boit mon sourire avec tant de soif que j'ai envie de crier : La reine boit ! la reine boit !
Je sais, cette force n'est pas sans failles et je prévois des jours où j'aurai des absences. Pas des absences de mémoires. des abscences d'oubli. Une voix, qui a ce travers, me soufflera "à quoi penses-tu ?" et je ne répondrai pas. Mais si, malgré moi, je t'évoque, ô ma jeunesse, je ne t'invoquerai plus. Tu ne t'effaces pas, tu t'estompes comme cette femme qui n'est plus qu'un point noir au bout de la rue, qui lutte contre une rafale et qui semble emporter l'hiver avec elle. "